05/10/2016

Satyricon

a fel 1.jpgSatyricon (Fellini Satyricon) est une film de Fellini réalisé en 1969 et constitue une adaptation du roman éponyme et lacunaire attribué à Pétrone. 

Voici comment, dans ses Entretiens avec Giovanni Grazzini  (Calmann-Lévy, 1984), Fellini explique la genèse du film : J'avais relu Pétrone ( et j'avais été fort séduit par un détail que je n'avais pas su remarquer auparavant : les parties qui manquent, donc l'obscurité entre un épisode et l'autre. […] Cette histoire de fragments me fascinait pour de bon. […] Le livre me fait penser aux colonnes, aux têtes, aux yeux qui manquent, aux nez brisés, à toute la scénographie nécrologique de l'Appia Antica (voie romaine qui part de Rome pour aboutir, après 500 kilomètres, dans les Pouilles), voire en général aux musées archéologiques. Des fragments épars, des lambeaux qui resurgissent de ce qui pouvait bien être tenu aussi pour un songe, en grande partie remué et oublié. Non point une époque historique, qu'il est possible de reconstituer philologiquement d'après les documents, qui est attestée de manière positive, mais une grande galaxie onirique, plongée dans l'obscurité, au milieu de l'étincellement d'éclats flottants qui sont parvenus jusqu'à nous. Je crois que j'ai été séduit par la possibilité de reconstruire ce rêve, sa transparence énigmatique, sa clarté indéchiffrable. […] Le monde antique, me disais-je, n'a jamais existé, mais, indubitablement, nous l'avons rêvé. 

C'est le chef-d'oeuvre pictural du maître. son plus fabuleux spectacle, son grand délire en poésie visuelle, sa plus fabuleuse fièvre baroque. Le film tout entier est un rêve, un torrent énorme et somptueux. Dans l'Italie antique, Encolpe et Ascylte, deux superbes étudiants vaguement voyous, vagabonds et féminins se jalousent les faveurs de leur jeune et bel esclave, Giton.  Ils vont où leurs désirs les guident. Ce sont leurs aventures, leurs déboires, leurs séparations, leurs querelles que le film orchestre somptueusement : le festin grotesque de Trimalcion dans lequel le poète Eumolpe convie Encolpe, les geôles et les soutes de Lychas, un notable de la cour impériale qui épouse Encolpe puis est capturé et décapité, la libération et la fuite, l'occupation d'une villa luxueuse dont les propriétaires viennent de se suicider et la nuit d'amour avec une jeune esclave noire, la grotte aux fresques immenses et l'enlèvement d'un enfant hermaphrodite doué de pouvoirs magiques mais qui meurt de soif dans le désert, le combat avec le Minotaure (un colosse déguisé en Minotaure, l'affrontement est un jeu organisé par Eumolpe), la défaite et l’obligation avortée de satisfaire une nymphomane, Encolpe recouvre sa puissance plus tard dans les bras d'une magicienne noire. Ascylte est assassiné et les héritiers d'Eumolpe, mort dans la richesse, dévorent sa dépouille. Encolpe embarque pour l'Afrique.

Le canevas lacunaire, morcelé, troué de l'oeuvre de Pétrone donne à Fellini l'occasion d'inventer, de broder, de lâcher la bride à son génie baroque. Il campe ainsi une décadence grandiose (splendeurs et misère de la décadence) et rend son inlassable hommage à l'art et à la création dans l’épisode superbe des fresques murales splendides et fragiles. Il crée, à partir de l'oeuvre de Pétrone, - dans la démesure et le génie - le plus magistral récit picaresque de l'histoire du cinéma. 

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Filmographie Fellini - Bandes originales

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Fellini et Rota

Je fais une petite halte dans la filmographie pour réserver un espace à l'immense Nino Rota qui a signé les bandes originales de la plupart des films du maestro. En voici une très large sélection. 

1. Toby Dammit (0:00)
2. The White Sheik (3:38)
3. Juliet of the Spirits (6:26)
4. 8 1/2 (13:48)
5. I Vitelloni (19:02)
6. Il Bidone (22:05)
7. The Nights of Cabiria (26:56)
8. Boccaccio ’70 (33:06)
9. Satyricon (34:35)
10. The Clowns (37:41)
11. Roma (42:04)
12. Amarcord (45:57)
13. Casanova (51:09)
14. La Dolce Vita (54:37)
15. Prova D’Orchestra (1:01:49)
16. La Strada (1:05:53)

https://www.youtube.com/watch?v=m9FPo4eiBCg

8 1/2

https://www.youtube.com/watch?v=zVa4slCsVEI

La Dolce Vita

https://www.youtube.com/watch?v=10dBRkfk770

 

01/03/2014

Les Clowns

a fel a.jpgLES CLOWNS

Les Clowns est un fiction documentaire (je cherche une formule pour qualifier la singularité de l'oeuvre) de Fellini, scénarisée par le cinéaste et Zapponi et sorti en 1971. On y trouve Anita Ekberg ( fauvesse parmi les fauves), Fellini et, dans leurs propres rôles, une suite de clowns magistraux comme Pierre Etaix, Annie Fratellini, Charlie Rivel, Alvaro Vitali, Riccardo Billi, Tino Scotti, Fanfulla, Dante Maggio, Nino Terzo, Giacomo Furia, ... Fellini s'inquiète de la menace de disparition qui pèse sur le cirque et les clowns, sur le monde du rêve, du spectacle et de leurs artisans. Fellini interroge cet étrange émerveillement et cette singulière fascination épicée de crainte de l'enfance (la sienne) pour le monde du chapiteau et des clowns. Fellini adulte enquête avec une équipe : que devient le monde du cirque, que deviennent les clowns ? De cette approche, il ressort une impression de mort et de désertion. Le monde actuel n'est plus disponible pour ces magies d'antan. Fellini bâtit alors un immense spectacle en forme de requiem. Entre le morbide et l'hilarant, la nostalgie et l'effroi devant un présent sec et cartésien, Fellini construit une œuvre étonnante où des fantômes du rire circassien font luire et voleter l'âme étrange et vitale du clown. Au-delà d'un constat pessimiste, dans une sorte d'attisement poétique, Fellini livre l'essence du cirque, cette chose belle et difforme, splendide et marginale. L’œuvre entière de Fellini est aussi un jardin splendide et monstrueux dans lequel sont recueillies des espèces précieuses et insolites dont le maître fustige l'immolation, dont il extrait la quintessence pour nous révéler ce que ce monde emballé, enivré par la vitesse laisse dans le fossé. Quoi donc ? La grâce, la claudication magistrale, l'effort appliqué du rire, la beauté du dérisoire, le nomadisme, l'héroïsme artisanal, le goût du frisson, la saveur de l’ambiguïté.

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09:24 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook