26/07/2013

Intervista - 1987

Fellinin Anita et Marcella.jpg

INTERVISTA

Intervista est un film de Fellini sorti en 1987. Le cinéaste en a écrit le scénario. C'est un film, dira Fellini, dans lequel la caméra est utilisée comme un crayon, un pinceau qui tracerait des hiéroglyphes. C'est une idée graphique, picturale, visuelle, le contraire du cinéma qui raconte une histoire. Au générique, on trouve Anita Ekberg (elle-même), Fellini (lui-même), Marcello Mastroianni (lui-même), Sergio Rubini (Sergio), Antonella Ponziani (Antonella), Paolo Liguori (Katia).

La musique est de Nicola Piovani & Nino Rota :

 http://www.youtube.com/watch?v=wz6MCioHjD0

Nous voilà au contact du splendide barnum fellinien. Le Maestro médite une oeuvre, - l'adaptation de L'Amérique de Franz Kafka -, sous l'oeil bridé d'un essaim de journalistes japonnais. Fellini raconte, invente, rêve, restitue son Cinécitta. Il se revoit et rêve en jeune journaliste venant, en 1940, dans l'arène magnifique du cinéma italien, interviewer la belle Katia, une star du cinéma. Son parcours vers Cinécittà à bord d'un tram bleu est un haut lieu, un point culminant de l'art fellinien, un art roboratif, distingué, désinvolte, populaire, subtil, affûté, musical. Fellini doit être le plus majestueux oxymore de l'histoire du cinéma. C'est un monstre, c'est, par excellence, celui qui vaut d'être montré. Fellini incarne les éternelles, fièvreuses et très souvent heureuses amours entre la grâce et la boursouflure. On dirait parfois, avec cette promenande dans les ateliers du cinéma, d'un magicien qui livre ses recettes. Mais, en fin de compte, la magie fellinienne sort intacte. Ragaillardie. 


Fellini Affiche.jpgLe film oscille dans le temps entre 1940 et le temps présent. Les moments d'anthologie se succèdent. Durant les poignantes retrouvailles du Maestro avec son acteur fétiche Marcello Mastroianni et sa muse Anita Ekberg, nous naviguons à bord d'un vaisseau cinématographique aérien et spatio-temporel. La rencontre émue de Marcello et d'Anita devant un drap (que Mandrake fait apparaître d'un coup de baguette) et qui figure un écran cinématographique est une merveille. Nous apprenons comment, chez Fellini, on élit les Felliniennes, ces protubérantes figurantes qui participent à la manière du maître, qui constituent un des aimables jambages de son illustre signature. Tout le mène, par un art inaccoutumé de la volte, à la poèsie : le grotesque, le laid, l'excessif, le gracieux, la lumière, les formes, le mouvement, le rire. L'image a une saveur, une odeur, elle possède une suavité étourdissante. Ici, la nostalgie aime l'enthousiasme. La clairvoyance, étrangère à l'acuité visuelle, est celle d'un visionnaire et d'un démiurge. C'est celle d'un artiste démesuré qui apporte, serré dans une cargaison d'images et de scènes somptueuses, un généreux paquet de doutes et d'interrogations extrêmement embarrassantes. Quelles sont ces menaces, ces entraves, ces clôtures sur et autour de notre présent, sur les affres de notre passé, notre devenir, notre horizon, notre oxygène, notre esprit, notre liberté à créer, notre liberté... Mais le cinéma ne s'interrompt. Armés d'antennes de télévision, les Indiens vont passer à l'attaque.

Fellini M & A.jpg

http://www.youtube.com/watch?v=qO509le4GII

http://www.federicofellini.it/fr/node/2723

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