27/07/2013

E la nave va - 1983

Fed Fel et vogue.jpgE la nave va 

Sur un scénario de Fellini et Tonino Guerra, ce film-opéra est sorti en 1983. L'affiche est trop vaste pour être retranscrite. Je joindrai un lien qui permet de consulter le casting. On est sur le seuil du désastre de la première guerre mondiale, la grande, la monstrueuse, la préférée de Brassens-le-cynique. Une croisière funèbre prend la mer à bord du Gloria N., un paquebot de luxe, avec pour objectif d'aller disperser au large d'une île les augustes cendres d'une cantatrice célèbre. A bord, une foule fellinienne prend place : un imposant gratin lyrique, des musiciens, une faune sophistiquée, excentrique et décadente, un grand duc (pas l'oiseau, un aristocrate) avec sa cour, un sombre et massif rhinocéros (qui attise la curiosité, l'étonnement et engendre des théories d'interprétations : fossile vivant, animal d'Ionesco, grosse carcasse de la savane bouillante dépaysé sur les flots, virilité, féminité, carapace et cuirassé, rusticité antédiluvienne affrontée aux sophistications lyriques, animal à tête de proue, bateau terrestre, etc.). Des naufragés serbes vont trouver refuge à bord du bateau et leur allègre musique populaire va rencontrer la grande musique... Ce paquebot-Cinécittà serait bien une métaphore d'une grandeur de l'art cinématographique en péril de naufrage. Le cinéma prend-il ici le pouls du cinéma ? A partir de Huit et demi, toute oeuvre de Fellini est aussi une réflexion profonde, inventive, courageuse, souvent douleureuse sur la création et le cinéma. Mais un livre ne suffirait pas à épuiser tout ce que le film suggère en commentaires, en interprétations, en analyses. Le propos est quoi qu'il en soit une cérémonie funéraire et c'est une grande voix que l'on va disperser, non pas enterrer, mais enliser dans l'eau. L'oeuvre fellinienne est un modèle d'ambiguïté. Ce qui échappe à l'ambiguïté refuse la liberté. 

Fed Fel et vogue la.jpg

Quelques liens pour identifier la distribution et approfondir le propos du film: 

http://www.federico-fellini.net/filmo/filmo322.htm

http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/dossiers/dossier_etvogue...

Un extrait : 

http://www.youtube.com/watch?v=RPD3NZGf3Lc

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26/07/2013

Ginger et Fred - 1986

Ginger et Fred

Fellin G & F 1.jpgSorti en 1986, ce film de Fellini réunit à l'affiche Giulietta Masina (Amélia, Ginger) et Marcello Mastroianni (Pippo, Fred). Amélia et Pippo (Ginger et Fred à la scène) formaient dans les années 50 un célèbre couple de danseurs inspiré par le fameux duo hollywoodien. Invités par une émission de télévision, quelque trois décennies plus tard, ils reforment leur couple. Il est fauché, un peu abîmé par l'existence, elle a réussi. Ils ont pris de l'âge. Le couple a du mal à retrouver ses marques et ses pas. Il finira par y parvenir. Le monde de la télévision se révèle à eux : un univers vulgaire, incohérent, inculte, un lieu d'exhibition et de publicité dévorante, un gros estomac vorace, quelque chose de glauque et de gluant, une sinistre et grimaçante caricature de création. Mais une caricature tenace, triomphante. Terrible fable sur la perte de l'originalité, (les deux héros sont eux-mêmes les vieillissants sosies d'un couple), sur la débâcle de la communication, sur le show qui doit continuer, invariablement, à quatre pattes s'il le faut, le croupion à l'air, en racolant. Avec cela, néanmoins, Fellini fait un grand film, il y injecte la qualité de sa lumière et, par étincelles, dans ce spectacle minable à quoi convie le petit écran, les splendeurs du music-hall se fraient un passage. Le génie des deux acteurs principaux (touchants, drôles, irrésistibles) sert remarquablement l'oeuvre. 

Musique : Nicola Piovani - http://www.youtube.com/watch?v=NcNbFS_ByLg

Quelques extraits : http://www.youtube.com/watch?v=m4KDO7w4PWo

Fellini G & F.jpg

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Intervista - 1987

Fellinin Anita et Marcella.jpg

INTERVISTA

Intervista est un film de Fellini sorti en 1987. Le cinéaste en a écrit le scénario. C'est un film, dira Fellini, dans lequel la caméra est utilisée comme un crayon, un pinceau qui tracerait des hiéroglyphes. C'est une idée graphique, picturale, visuelle, le contraire du cinéma qui raconte une histoire. Au générique, on trouve Anita Ekberg (elle-même), Fellini (lui-même), Marcello Mastroianni (lui-même), Sergio Rubini (Sergio), Antonella Ponziani (Antonella), Paolo Liguori (Katia).

La musique est de Nicola Piovani & Nino Rota :

 http://www.youtube.com/watch?v=wz6MCioHjD0

Nous voilà au contact du splendide barnum fellinien. Le Maestro médite une oeuvre, - l'adaptation de L'Amérique de Franz Kafka -, sous l'oeil bridé d'un essaim de journalistes japonnais. Fellini raconte, invente, rêve, restitue son Cinécitta. Il se revoit et rêve en jeune journaliste venant, en 1940, dans l'arène magnifique du cinéma italien, interviewer la belle Katia, une star du cinéma. Son parcours vers Cinécittà à bord d'un tram bleu est un haut lieu, un point culminant de l'art fellinien, un art roboratif, distingué, désinvolte, populaire, subtil, affûté, musical. Fellini doit être le plus majestueux oxymore de l'histoire du cinéma. C'est un monstre, c'est, par excellence, celui qui vaut d'être montré. Fellini incarne les éternelles, fièvreuses et très souvent heureuses amours entre la grâce et la boursouflure. On dirait parfois, avec cette promenande dans les ateliers du cinéma, d'un magicien qui livre ses recettes. Mais, en fin de compte, la magie fellinienne sort intacte. Ragaillardie. 


Fellini Affiche.jpgLe film oscille dans le temps entre 1940 et le temps présent. Les moments d'anthologie se succèdent. Durant les poignantes retrouvailles du Maestro avec son acteur fétiche Marcello Mastroianni et sa muse Anita Ekberg, nous naviguons à bord d'un vaisseau cinématographique aérien et spatio-temporel. La rencontre émue de Marcello et d'Anita devant un drap (que Mandrake fait apparaître d'un coup de baguette) et qui figure un écran cinématographique est une merveille. Nous apprenons comment, chez Fellini, on élit les Felliniennes, ces protubérantes figurantes qui participent à la manière du maître, qui constituent un des aimables jambages de son illustre signature. Tout le mène, par un art inaccoutumé de la volte, à la poèsie : le grotesque, le laid, l'excessif, le gracieux, la lumière, les formes, le mouvement, le rire. L'image a une saveur, une odeur, elle possède une suavité étourdissante. Ici, la nostalgie aime l'enthousiasme. La clairvoyance, étrangère à l'acuité visuelle, est celle d'un visionnaire et d'un démiurge. C'est celle d'un artiste démesuré qui apporte, serré dans une cargaison d'images et de scènes somptueuses, un généreux paquet de doutes et d'interrogations extrêmement embarrassantes. Quelles sont ces menaces, ces entraves, ces clôtures sur et autour de notre présent, sur les affres de notre passé, notre devenir, notre horizon, notre oxygène, notre esprit, notre liberté à créer, notre liberté... Mais le cinéma ne s'interrompt. Armés d'antennes de télévision, les Indiens vont passer à l'attaque.

Fellini M & A.jpg

http://www.youtube.com/watch?v=qO509le4GII

http://www.federicofellini.it/fr/node/2723

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