26/07/2013

Ginger et Fred - 1986

Ginger et Fred

Fellin G & F 1.jpgSorti en 1986, ce film de Fellini réunit à l'affiche Giulietta Masina (Amélia, Ginger) et Marcello Mastroianni (Pippo, Fred). Amélia et Pippo (Ginger et Fred à la scène) formaient dans les années 50 un célèbre couple de danseurs inspiré par le fameux duo hollywoodien. Invités par une émission de télévision, quelque trois décennies plus tard, ils reforment leur couple. Il est fauché, un peu abîmé par l'existence, elle a réussi. Ils ont pris de l'âge. Le couple a du mal à retrouver ses marques et ses pas. Il finira par y parvenir. Le monde de la télévision se révèle à eux : un univers vulgaire, incohérent, inculte, un lieu d'exhibition et de publicité dévorante, un gros estomac vorace, quelque chose de glauque et de gluant, une sinistre et grimaçante caricature de création. Mais une caricature tenace, triomphante. Terrible fable sur la perte de l'originalité, (les deux héros sont eux-mêmes les vieillissants sosies d'un couple), sur la débâcle de la communication, sur le show qui doit continuer, invariablement, à quatre pattes s'il le faut, le croupion à l'air, en racolant. Avec cela, néanmoins, Fellini fait un grand film, il y injecte la qualité de sa lumière et, par étincelles, dans ce spectacle minable à quoi convie le petit écran, les splendeurs du music-hall se fraient un passage. Le génie des deux acteurs principaux (touchants, drôles, irrésistibles) sert remarquablement l'oeuvre. 

Musique : Nicola Piovani - http://www.youtube.com/watch?v=NcNbFS_ByLg

Quelques extraits : http://www.youtube.com/watch?v=m4KDO7w4PWo

Fellini G & F.jpg

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Intervista - 1987

Fellinin Anita et Marcella.jpg

INTERVISTA

Intervista est un film de Fellini sorti en 1987. Le cinéaste en a écrit le scénario. C'est un film, dira Fellini, dans lequel la caméra est utilisée comme un crayon, un pinceau qui tracerait des hiéroglyphes. C'est une idée graphique, picturale, visuelle, le contraire du cinéma qui raconte une histoire. Au générique, on trouve Anita Ekberg (elle-même), Fellini (lui-même), Marcello Mastroianni (lui-même), Sergio Rubini (Sergio), Antonella Ponziani (Antonella), Paolo Liguori (Katia).

La musique est de Nicola Piovani & Nino Rota :

 http://www.youtube.com/watch?v=wz6MCioHjD0

Nous voilà au contact du splendide barnum fellinien. Le Maestro médite une oeuvre, - l'adaptation de L'Amérique de Franz Kafka -, sous l'oeil bridé d'un essaim de journalistes japonnais. Fellini raconte, invente, rêve, restitue son Cinécitta. Il se revoit et rêve en jeune journaliste venant, en 1940, dans l'arène magnifique du cinéma italien, interviewer la belle Katia, une star du cinéma. Son parcours vers Cinécittà à bord d'un tram bleu est un haut lieu, un point culminant de l'art fellinien, un art roboratif, distingué, désinvolte, populaire, subtil, affûté, musical. Fellini doit être le plus majestueux oxymore de l'histoire du cinéma. C'est un monstre, c'est, par excellence, celui qui vaut d'être montré. Fellini incarne les éternelles, fièvreuses et très souvent heureuses amours entre la grâce et la boursouflure. On dirait parfois, avec cette promenande dans les ateliers du cinéma, d'un magicien qui livre ses recettes. Mais, en fin de compte, la magie fellinienne sort intacte. Ragaillardie. 


Fellini Affiche.jpgLe film oscille dans le temps entre 1940 et le temps présent. Les moments d'anthologie se succèdent. Durant les poignantes retrouvailles du Maestro avec son acteur fétiche Marcello Mastroianni et sa muse Anita Ekberg, nous naviguons à bord d'un vaisseau cinématographique aérien et spatio-temporel. La rencontre émue de Marcello et d'Anita devant un drap (que Mandrake fait apparaître d'un coup de baguette) et qui figure un écran cinématographique est une merveille. Nous apprenons comment, chez Fellini, on élit les Felliniennes, ces protubérantes figurantes qui participent à la manière du maître, qui constituent un des aimables jambages de son illustre signature. Tout le mène, par un art inaccoutumé de la volte, à la poèsie : le grotesque, le laid, l'excessif, le gracieux, la lumière, les formes, le mouvement, le rire. L'image a une saveur, une odeur, elle possède une suavité étourdissante. Ici, la nostalgie aime l'enthousiasme. La clairvoyance, étrangère à l'acuité visuelle, est celle d'un visionnaire et d'un démiurge. C'est celle d'un artiste démesuré qui apporte, serré dans une cargaison d'images et de scènes somptueuses, un généreux paquet de doutes et d'interrogations extrêmement embarrassantes. Quelles sont ces menaces, ces entraves, ces clôtures sur et autour de notre présent, sur les affres de notre passé, notre devenir, notre horizon, notre oxygène, notre esprit, notre liberté à créer, notre liberté... Mais le cinéma ne s'interrompt. Armés d'antennes de télévision, les Indiens vont passer à l'attaque.

Fellini M & A.jpg

http://www.youtube.com/watch?v=qO509le4GII

http://www.federicofellini.it/fr/node/2723

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La Vocce Della Luna - 1990

LA VOCE DELLA LUNA


Fellin La voce.jpgDernier film de Federico Fellini, sorti en 1990 avec Roberto Benigni (Ivo Salvini), Paolo Villagio (le préfet Gonnella), Nadia Ottaviani (Aldina), Marisa Tomasi (Marisa-la-Locomotive). Le scénario est basé sur Il Poema Dei Lunatici (Le Poème des Lunatiques), un roman de Ermanno Cavazzoni. Il est signé par Fellini, Tullio Pinelli et l'auteur de l'ouvrage. 

EVOCATION : Ivo, par l'entremise des puits, parle avec la déesse de la féminité, la Lune. Singulier, rêveur, pierrot lunaire, capable pourtant d'aimer le temps dans lequel il vit, il a la nostalgie de son enfance et de sa merveilleuse grand-mère. Il est candidement amoureux de la belle Aldina au beau visage lunaire.  Il la célèbre avec les vers de Leopardi. Mais il n'est pas aimé d'elle. Yvo fait un soir la connaissance d'un personnage frénétique, le préfet Gonnella, sorte de paranoïaque passéiste, attachant et exaspérant, effrayé par l'image de la mort, en rébellion contre le monde entier. L'histoire s'avance dans une réalité onirique à cheval sur le conte et la poésie et, parfois, sur le terrible balai de la réalité.

SENTIMENT : Le génie inventif, la science narrative, l'art de bâtir un univers singulier, tout, chez Fellini, est intact. Et son goût pour les êtres singuliers. Et son hymne aux femmes. Les trouvailles savoureuses et pertinentes, poétiques et bouleversantes abondent dans ce chef-d'oeuvre ultime entre le professeur de musique persécuté par l'art et qui se réfugie dans sa tombe pour s'entraîner à disparaître, la sulfureuse et insatiable Marisa promue véhicule métaphysique au terme d'une furieuse étreinte avec son époux de poche, le théâtre érotique d'une fenêtre ouverte dans la nuit, l'invention de la campagne et des puits dans la brume, les égoutiers voleurs de la Lune, la déploration (néologisme qui signifie : je regrette de tout mon être et de toute mon âme que cette chose existe) l'horrible griffe tendue vers le ciel des antennes télévisuelles, le terrible poison de la publicité et du bruit, le merveilleux, le mystérieux secret du silence et de l'écoute. Fellin signe là ce qui sera son dernier film : un immense poème cinématographique. 

Fellini Benigni.jpg

La musique est de Nicola Piovani

http://www.youtube.com/watch?v=FLFgvkMT_-Y

Quelques extraits de l'oeuvre

http://www.youtube.com/watch?v=5ch2K6lzz6I

http://www.youtube.com/watch?v=PUq7Wmw4y90

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